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Migration des amphibiens : pourquoi grenouilles et crapauds traversent les routes au printemps ?

Migration des amphibiens : pourquoi grenouilles et crapauds traversent les routes au printemps ?

Par Gilles BenZerrouk, le 09/03/2026

Chaque printemps, aux lueurs du crépuscule et dans l’humidité des nuits, des milliers d’amphibiens quittent leurs lieux d’hivernation pour rejoindre les zones humides où ils se reproduiront. Ce phénomène est un moment clé du cycle de vie de ces animaux fascinants et fragiles, mais c’est aussi une période critique où ces espèces sont particulièrement vulnérables.

Exemples d’amphibiens : Triton alpestre (Ichthyosaura alpestris) - Grenouille rousse (Rana temporaria) - Crapaud commun (Bufo bufo)  - Salamandre tachetée (Salamandra salamandra)
Exemples d’amphibiens : Triton alpestre (Ichthyosaura alpestris) - Grenouille rousse (Rana temporaria) - Crapaud commun (Bufo bufo)  - Salamandre tachetée (Salamandra salamandra)

Pourquoi migrent-ils ?

Grenouilles, crapauds, tritons et salamandres mènent une "double vie". Si les adultes passent, pour la plupart, l'été et l'hiver sur terre (sous des souches, des pierres ou dans des terriers), leur reproduction, elle est strictement aquatique. Ils doivent donc, chaque printemps, rejoindre une mare, un étang ou un fossé humide pour se reproduire.

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Quand a lieu la migration des amphibiens ?

La migration des amphibiens a généralement lieu entre février et avril, selon les régions et les conditions météorologiques.

Lorsque les températures dépassent environ 7–8°C et que l’humidité est suffisante, ils sortent pour rejoindre les zones humides pour se reproduire.

👉 Ce déplacement a souvent lieu la nuit, par temps doux et pluvieux.

👉 Il peut s’étaler sur plusieurs semaines selon les espèces, mais quelques soirées concentrent parfois l’essentiel des passages.

Quelles sont les espèces qui migrent au printemps ?

Si la majorité des amphibiens se mettent en route dès les premières douceurs, chaque espèce possède son propre calendrier.

  • Les "pressés" (Février - Mars) : la Grenouille rousse, la Grenouille agile, le Crapaud commun ouvrent souvent la saison. Leurs migrations peuvent être très synchronisées et se concentrer sur quelques nuits seulement lorsque les conditions sont favorables.
  • Les "discrets" (Mars - Avril) : Les tritons (Triton palmé, Triton alpestre, Triton crêté) font des déplacements plus courts et rejoignent l'eau de façon plus étalée. Contrairement aux grenouilles, ils resteront dans la mare plusieurs mois avant de regagner la terre.
  • Les cas particuliers :
    • La Salamandre tachetée peut se reproduire à différentes périodes de l’année selon les conditions climatiques. Dans certaines régions, les femelles déposent leurs larves dans l’eau dès l’hiver ou au début du printemps.
    • Certaines espèces ne font pas de grande migration, comme Les Grenouilles vertes (groupe Pelophylax) qui hivernent souvent dans la vase au fond de la mare ou juste à côté dans des trous humides. Leur déplacement printanier peut parfois se limiter à quelques mètres seulement.

Pourquoi retournent-ils le plus souvent au même endroit ?

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Le retour des amphibiens vers leur lieu de naissance, un phénomène appelé philopatrie, repose sur une stratégie de survie pragmatique et un système d’orientation étonnamment précis. En revenant là où ils ont réussi leur propre développement larvaire, ces animaux s'assurent de pondre dans un environnement dont la qualité de l'eau et l'absence de prédateurs majeurs sont prouvées.

Pour retrouver ce point précis, ils mobilisent un véritable arsenal sensoriel : ils s'orientent d'abord grâce au champ magnétique terrestre et à la lumière polarisée du ciel, avant de se guider, une fois proches du but, par imprégnation olfactive.

Ils reconnaissent ainsi la "signature chimique" unique de leur mare d'origine (mélange d'algues et de sédiments) qu'ils ont mémorisée dès le stade de têtard. Ce guidage instinctif est si puissant qu'ils peuvent parcourir des kilomètres et franchir de nombreux obstacles pour retrouver leur berge natale !

💡 Mais comment ont-ils fait pour venir s’installer dans ma nouvelle mare créée il y a un an ?

J’ai crée une mare il y a un an, et elle est déjà pleine de vie ! ici une grenouille agile (Rana Dalmatina) et plusieurs pontes dans ma nouvelle mare! .
J’ai crée une mare il y a un an, et elle est déjà pleine de vie ! ici une grenouille agile (Rana Dalmatina) et plusieurs pontes dans la mare! .

S’ils reviennent le plus souvent dans la zone humide de leur naissance, ce sont aussi des espèces pionnières qui peuvent, grâce à leur capacités sensorielles, coloniser un nouveau milieu humide juste après son apparition. C’est en quelque sorte une stratégie de survie pour éviter la consanguinité, la surpopulation ou faire face à la disparition de leur zone humide d'origine.

Un parcours migratoire semé d’obstacles

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Crapauds traversant une route © geonature.arb-idf

Pour les amphibiens, la migration n’est pas un long fleuve tranquille. Elle implique souvent de traverser des zones terrestres parfois sur plusieurs kilomètres où les obstacles abondent :

  • Le trafic routier : C'est la menace n°1. Une route passante peut décimer une population entière en une nuit.
  • L'urbanisation : Les murets, les jardins clos et les zones bitumées sont autant d'obstacles infranchissables.
  • La disparition des zones humides : En un siècle, la France a perdu 50 % de ses mares et zones humides.

Comment agir pour les protéger ?

Le rôle des amphibiens est vital : ils régulent les insectes (moustiques, limaces…) et servent de maillons essentiels (proies et prédateurs) dans la chaîne alimentaire, reliant le monde aquatique et terrestre.

Les amphibiens détiennent le triste record du taux d'extinction le plus élevé parmi les vertébrés : près de 40 % des espèces sont en déclin. Mais des solutions existent. 

Pour les protéger, on peut notamment :

  • Sécuriser leurs déplacements lors des traversées des routes qui se font pendant les migrations. Pour cela on installe un crapaudrome qui consiste a poser des filets ou des bâches le long de la route pour bloquer les animaux. Ceux-ci longent le filet et tombent dans des seaux enterrés. Chaque matin, des bénévoles ramassent les seaux, comptent les individus et les font traverser manuellement. C'est une action citoyenne majeure chaque printemps.

    On peut aussi installer un Crapauduc (dispositif permanent), qui est un tunnel (souvent un gros tuyau ou une galerie en béton) construit sous la route permettant aux animaux de traverser en toute autonomie 24h/24 sans aide humaine.

  • Restaurer leurs habitats en créant ou en restaurant des mares et zones humides, pour multiplier les points d'eau et recrée une "Trame Bleue" sur le territoire.

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    Crapaudrome de Guiperreux © Crapaudrome de Guiperreux

💡 Envie de passer à l'action et d’en savoir plus ?

De février à mai, vous pouvez devenir les "gardes du corps" des crapauds, grenouilles et tritons en participant à l’installation de Crapaudrome autours de chez vous ! Pour cela consultez :

Et bien sûr, vous pouvez venir à une sortie EcoNature sur les amphibiens pour découvrir :

  • leurs cycles de vie,
  • l’observation respectueuse des pontes,
  • le rôle des zones humides,

Une expérience fascinante pour petits et grands, qui permet de mieux comprendre la fragilité et la beauté du vivant.

La migration des amphibiens est l’un des grands spectacles discrets du printemps. Chaque année, ces petits voyageurs affrontent routes, obstacles et dangers pour rejoindre la mare qui verra naître la prochaine génération.

En protégeant les zones humides et en facilitant leurs déplacements, nous pouvons tous contribuer à préserver ces précieux ambassadeurs de la biodiversité.

📚 Références bibliographiques

  1. Les Amphibiens de France, Belgique et Luxembourg -Ouvrage collectif sous l'égide de la Société Herpétologique de France (SHF)
  2. Peer M., Dörler D., et al. Predicting spring migration of two European amphibian species with plant phenology using citizen science data, Scientific Reports (2021). (Nature)
  3. La Salamandre - Hors-série sur les amphibiens
  4. LPO – Faciliter le déplacement des amphibiens. (lpo.fr)
  5. MDPI – Environmental Drivers of Amphibian Breeding Phenology across Multiple Sites. (MDPI)
  6. Amphibiens | Mortalité routière et inventaires pendant la migration nuptiale - https://geonature.arb-idf.fr/node/134
  7. LPO – Cohabiter avec les amphibiens. (lpo.fr)
Gilles BenZerrouk
Passionné par la faune et le vivant, j'ai souhaité avec le projet EcoNature, mettre en avant les acteurs de terrain qui sensibilisent à la nature et au vivant