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Selon une récente étude, le jardinage à l’école renforce la connexion des enfants à la nature

Selon une récente étude, le jardinage à l’école renforce la connexion des enfants à la nature

Par Michèle Foin, le 16/03/2026

Et si le potager pédagogique devenait un levier clé de transition écologique ? Une étude indépendante menée dans 89 écoles montre que le jardinage à l’école renforce la connexion des enfants à la nature, avec des effets marqués sur leur sensibilité écologique et leurs comportements.

 

De nombreuses écoles possèdent un potager pédagogique. Mais trop souvent, l’initiative s’essouffle et les parcelle retournent à l’état de friche. Par manque de temps, d’accompagnement ou de passage de relais, les projets ne survivent pas au départ des enseignants motivés. Pour enrayer cette spirale, WWF France a lancé en 2023 le programme « l’école jardinière », une boite à outils collaborative pour soutenir les équipes éducatives dans la durée. Plus de 2 000 enseignants s’appuient désormais sur ces fiches pratiques pour se lancer, animer et jardiner en toutes saisons. 

Mesurer l’impact du jardinage

Le jardinage est une activité simple, accessible et sûre. Tous les enfants peuvent en tirer profit, quel que soit leur âge ou leur milieux sociaux. WWF France pressent que cela pourrait être un levier facile à mettre en œuvre pour reconnecter les enfants à la nature, dans un contexte où la sédentarité progresse et où les écrans grignotent le temps libre. Encore faut-il convaincre les collectivités, responsables du bâti et des espaces scolaires. En 2024, elle confie donc une évaluation scientifique indépendante à Eval-Lab, spécialiste des évaluations randomisées contrôlées. Objectif : mesurer rigoureusement l’impact du jardinage sur la connexion des enfants à la nature. 

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© WWF France

Pourquoi la connexion à la nature est un enjeu majeur

Les travaux du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) et de la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) sont sans appel : les objectifs de durabilité resteront hors de portée sans une réelle prise de conscience de notre interdépendance avec la santé des écosystèmes. Dans ses travaux, Gladys Barragan-Jason, chercheuse au CNRS à la Station d'écologie théorique et expérimentale de Moulis (Ariège), a identifié la connexion à la nature comme « un trait sociétal clé pour atteindre les objectifs de durabilité », car elle encourage à s’engager dans des comportements favorables à l’environnement. Or on sait déjà que le contact direct avec la nature est bénéfique pour notre santé. « Plus de 200 études scientifiques montrent qu’une exposition à un environnement naturel a un impact causal sur la santé physique, mentale et sociale des individus », confirme Gladys Barragan-Jason.

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© WWF France

Une connexion en chute libre

Pour Miles Richardson, professeur en psychologie à l’université de Derby (Royaume-Uni), la connexion à la nature correspond à la capacité à se percevoir comme faisant partie intégrante du vivant. Or ce lien s’effondre. Il aurait chuté de plus de 60% depuis 1800, selon son étude publiée fin juillet dans la revue Earth. En cause, l’urbanisation galopante, la dégradation des écosystèmes, mais surtout le fait que les parents ne transmettent plus à leur enfant leur attachement à la nature.

Le jardinage, un levier concret de reconnexion 

Les recherches montrent qu’une activité extérieure plaisante, pratiquée avec une attention consciente à l’environnement, suffit déjà pour renforcer ce lien. Le jardinage peut-il jouer ce rôle ? C’est ce que WWF France a voulu vérifier avec l’étude qu’il a confiée à Eval-lab. 

89 écoles, réparties dans toute la France ont participé à l’expérimentation, soit 180 classes et 3 500 élèves. Les écoles ont été réparties en deux groupes équivalents : un groupe test et un groupe témoin. La moitié d’entre elles ont reçu quatre fiches d’activités jardinières à mettre en œuvre au fil de l’année scolaire. Les autres formaient le groupe témoin. Résultat : les élèves du groupe accompagné ont passé en moyenne 16 heures dans le potager, soit 50 % de plus que les autres.

Pour mesurer la connexion à la nature des élèves, les chercheurs se sont appuyés sur des échelles standardisées, administrées sous forme de questionnaires remplis en classe. Les conclusions sont sans ambiguïté :

  • leur connexion à la nature progresse davantage,

  • leur sensibilité écologique augmente,

  • leurs comportements pro-environnementaux se renforcent.

 

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© WWF France

Des bénéfices accrus pour les élèves de l’éducation prioritaire

Les élèves scolarisés en réseau d’éducation prioritaire (REP) affichent même une progression supérieure à la moyenne. Partant d’un niveau initial plus faible, ils gagnent plus vite en sensibilité et en comportements favorables à l’environnement. Cette dynamique s’accompagne cependant d’une éco-anxiété plus marquée, ont noté les chercheurs.

L’effet du jardinage reste « modéré », précise Eval-Lab, c’est à dire dans la moyenne de ce que montrent les programmes en éducation évalués scientifiquement. Mais compte tenu de sa faible intensité (16 heures de jardinage par an) et de son coût modéré, le potager pédagogique est facile à mettre en œuvre pour un impact social et environnemental déterminant. De quoi convaincre et mobiliser les élus locaux. 

Interview de Quentin Daviot, économiste et fondateur d’Eval Lab et de Marjolaine Girard, responsable du pôle éducation et jeunesse de WWF France

 

Pour aller plus loin : 

« How we Lost Touch with Nature » - Miles Richardson

« Human connection to nature has declined 60% in 200 years, study finds » - The Gardian – 9 août 2025

« La connexion des humains à la nature aurait chuté de 60 % en deux siècles » Libération – 13 août 2025

« Renforcer le sentiment d’appartenance à la nature, une stratégie gagnant-gagnant pour l’humain et la nature » CNRS – 1er décembre 2021

Michèle Foin
Michèle Foin est journaliste pigiste basée à Paris, spécialisée dans les questions d’éducation, d’écologie et de transformations sociales. Elle consacre aujourd’hui une part importante de son travail à l’exploration des réponses apportées aux défis environnementaux et éducatifs, à travers le prisme du journalisme de solutions. Elle a par ailleurs fondé Solvo, un collectif de journalistes engagé dans la diffusion du journalisme de solutions au sein des rédactions.